• FPA_ADMIN

Pépite - denier à la croisette Philippe IV le Bel - un nouveau différent


Un denier tournois à la titulature ‘PhILIPPVS REX’ et donc a priori attribuable au règne du roi Philippe le Bel (1285-1314) vient de prendre référence avec un différent non encore signalé, à savoir une croisette X à l’instar de celle qui débute les légendes.


Cette marque n’avait encore jamais été recensée pour les règnes de la période allant de Louis IX à Philippe VI de Valois ; et ce quel que soit le type de monnaie envisagé : Gros, maille blanche, maille tierce, denier, obole, etc.


A ce jour, trois exemplaires -frappés à partir de paires de coins différentes tant d’avers que de revers- ont été inventoriés. Ils relèvent par ailleurs de deux variétés.




Exemplaire 1 – collection privée d’un membre du Numis-club du Nord

Masse : 1,06 g




Exemplaire 2 – collection privée d’un membre du Numis-club du Nord (issu du Trésor de Puylaurens)

Masse : 1,03 g



Exemplaire 3 – collection privée

Masse : nd


A dire vrai, l’identification de ce différent comme étant une croisette n’est que récente. C’est le recensement du deuxième exemplaire (issu du Trésor de Puylaurens) qui a permis de le classer comme tel.


En effet, les reliefs et la patine du premier laissaient supposer certes un nouveau différent, mais faisaient plutôt penser à une sorte de losange possédant deux besants évidés.




Détail de l’exemplaire n°1


A la lecture du deuxième exemplaire, dont les reliefs sont plus précis, il apparait que c’est bel et bien une croisette et non un losange besanté. Somme toute plus en adéquation avec les symboles en usage à l’époque.




Détail de l’exemplaire n°2


Il y a donc lieu de reconsidérer l’interprétation du premier dont la tournure donnait lieu à un effet d’optique trompeur.




Reconsidération du détail de l’exemplaire n°1


Hypothèse d’attribution :


La titulature et la présence du deuxième exemplaire dans le trésor de Puylaurens (chef lieu de l’actuel canton dans le département du Tarn) renvoie à une attribution préférentielle à Philippe IV le Bel (1285-1314) ou à Philippe V le Long (1316-1322).

Rappelons que cette trouvaille – inventée en 1953 – était composée de quelques 2688 monnaies d'argent royales et féodales, et auraient été vraisemblablement enfouie entre 1315 et 1322.


Si on regarde du côté de la graphie des légendes, nous pouvons faire remarque les points suivants :


Revers : X TVR0NVS X CIVIS

-Les lettres sont d’un style classique sans chantournements.

-Le T n’est ni annelé, ni bouleté en son centre.

-Le R est caractérisé par un crochet et ne possède pas de point à son extrémité. Ce qui augure d’une période intermédiaire entre le début du règne de Philippe le Bel et les règnes suivants. A noter que celui du mot ‘REX’ est plus classique puisque le crochet y est remplacé par un triangle, caractéristique d’un style traditionnel.

-Le 0 est dit ‘long’, à l’instar des monnaies ayant été émises vers 1290-1305 lors de la période d’affaiblissement monétaire.


Avers 1 : X PhILIPPVS \ REX

Avers 2 : X PhILIPPVS REX

-Côté graphie, rien de significatif en dehors du R de la séquence ‘REX’ dont le jambage est un triangle et non un crochet.

-Si les deuxième et troisième exemplaire ne possèdent pas de différent sur l’avers, le premier fait état pour sa part d’un trèfle entre ‘PhILIPPVS’ et ‘REX’. Il existe donc deux variantes de notre denier.



détail de l’exemplaire n°1 (trèfle)


A la lecture de ces éléments, rien ne permet réellement en dehors de l’0 long d’attribuer ces deniers à un règne plutôt qu’à un autre. Néanmoins, vu qu’aucun des Gros tournois émis sous Philippe V ou Philippe VI ne possède de 0 long, ils seront classés logiquement à Philippe IV le Bel et pour une période s’étalant de prime abord entre 1290 et 1305.


En outre, vu qu’aucune autre monnaie retrouvée à ce jour n’arbore ce différent crucifère, et nonobstant l’existence avérée de deux variétés, on optera soit pour un atelier temporaire, soit pour un atelier n’ayant été habilité à ne frapper que du billon ou dirigé par un fermier sur une très courte période qui n’aura pas émis de monnaies blanches.


A ce sujet, il est à noter que Puylaurens (lieu de découverte du deuxième exemplaire) étant situé dans le Tarn, La Réole – situé à côté de Bordeaux – serait opportun en terme de distance géographique.


Ce lieu a été occupé dès le début de l’année 1294 par les troupes du roi de France suite à la guerre de Guyenne. Disposant par ailleurs d’un château, des garnisons y furent établies. Ce site était enfin connu pour être un lieu de péage. Le fief produisant quelques 3000 sous de rente. ¹ Le roi de France garda La Réole pendant huit ans jusqu’à ce que la Guyenne soit restituée par accord au roi d’Angleterre en 1303.


Occuper l’Aquitaine nécessita vraisemblablement pour le connétable de France qui y était présent de disposer de finances proches. Un atelier monétaire y fut donc assurément monté.


De fait, l’année 1294 correspond à la période la plus adéquate pour positionner temporellement notre denier puisque située en début de période d’affaiblissement. De plus, la séquence 1294-1303 s’inscrit pleinement dans cette dernière.


Qui plus est, le côté très sensible de cette officine ou d’atelier temporaire expliquerait pour sa part le pourquoi de l’absence d’autres espèces divisionnaires ‘affaiblies’ (telles que double tournois ou mailles blanches) estampillés d’une croisette; ces derniers types ayant été émis à partir de 1295 dans le royaume. Si des monnaies royales plus titrées y avaient été émises, elles auraient été rapidement refondues en esterlins par les bordelais pour être plus compatibles avec le commerce anglais.


Qui plus est, le roi de France savait d’avance que ce territoire serait restitué. Et à ce titre, huit ans pourraient apparaître long pour un atelier temporaire, mais les Réolais voulaient rester ‘anglais’. En outre sans le soutien des bourgeois de la région, il n’y avait donc pas lieu de déployer beaucoup d’effort pour imposer la monnaie royale d’argent. Les émissions y ont donc été certainement limitées en volume, en type de monnaies et dans le temps. Et seul du billon a du y être utilement ouvragé.


Mais notre hypothèse d’attribuer notre denier à la croisette à La Réole durant la période d’occupation par le roi de France Philippe le Bel ne pouvant être prouvée plus avant (par exemple par une trouvaille locale), celle-ci relèvera jusqu’à plus ample développement de la supputation.



Yannick DIEVAL



¹ 1 sou équivalait à 15 deniers tournois vers 1300, soit 45.000 deniers tournois



Bibliographie :

-"Etude Les trésors monétaires médiévaux et modernes découverts en France" Tome II (1223-1358) de Jean Duplessy. (n° 284, pp.117-118).

-"Trésors monétaires, X", (pp.99-100).

-"Histoire de La Réole: notice sur toutes les communes de l'arrondissement", Octave Gauban (pp. 144-149)

-"Histoire des maires de Bordeaux - volume 1 du Grand journal de Bordeaux" - Les Dossiers d'Aquitaine, 2008

9 vues0 commentaire

Posts récents

Voir tout