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Célébrités nationales inconnues (ou presque) sur les monnaies de circulation courante du continent

Exposé du Numis Club du Nord

23 Février 2022

Alain Perche



Les monnaies sont un excellent support de propagande et la majorité des puissants et des gouvernants l’a bien compris lorsqu’ils ont fait apparaître leur effigie sur les espèces monétaires, pièces et billets. C’est à partir de la renaissance que les portraits des souverains sont réellement ressemblants et donc qu’ils permettent à tous les sujets d’un royaume d’avoir connaissance du visage de leur souverain. La numismatique permet de disposer d’une galerie de portraits d’époque de la quasi-totalité des rois, princes et souverains occidentaux depuis cette époque ; il serait impossible de présenter ces portraits – dont certains sont artistiquement remarquables – lors d’un exposé de quelques dizaines de minutes, mais il existe une autre catégorie de portraits monétaires, il s’agit des hommes (et quelques femmes) illustres que l’on a voulu honorer, soit parce qu’il s’agit de héros nationaux, soit parce qu’il est apparu important qu’ils soient connus de la totalité de la population de l’état.

Ainsi, en France, quelques célébrités ont illustré des monnaies de circulation courante : De Gaulle et Jacques Rueff (1 franc), Jean Moulin, Pasteur, Guynemer et René Cassin ( 2 Francs), Mendès France et Voltaire ( 5 francs), Gambetta, Stendhal, Rude, Hugo, Roland Garros, Robert Schumann, Montesquieu, (10 francs), Pierre de Coubertin ( 20 francs). Dans de nombreux autres pays, ce sont des célébrités tout aussi connues que les nôtres qui vont orner leurs monnaies mais qui sont parfois mal connues voire totalement inconnues chez nous. Je vous propose donc de faire connaissance avec quelques-unes d’entre elles, choisies parmi les plus représentatives … dans leur pays d’origine.

Etant donné l’ampleur du sujet, je me limiterai à quelques monnaies du continent américain, nord ou sud.


Personnage N° 1

Guide de l’expédition de Lewis et Clark pour explorer le Nord-Ouest des USA

SACAGAWEA 1788-1812

C’est une figure presque légendaire dans l'histoire de l'ouest américain pour son rôle indispensable joué pendant l'expédition de Lewis et Clark, Sacagawea est devenue une énigme pour des historiens recherchant à tracer sa vie postérieure.

Sacagawea la fille d'un chef Shoshone, est née vers 1788 dans la région de l'Idaho, elle fut enlevée par les Indiens Hidatsa alors qu'elle avait environ dix ans puis elle fut raccompagnée dans son village dans le haut Missouri. Là, elle et une autre fille captive furent achetées et mariées par Toussaint Charbonneau, un trappeur Canadien Français qui l'épousa.

Quand Lewis et Clark engagèrent Charbonneau en tant qu'interprète pour leur expédition en 1804, c'était à condition que Sacagawea les accompagnerait également. Hormis sa valeur en tant qu'interprète, ils espéraient à ce que sa simple présence serait favorable auprès des Indiens qu'ils rencontreraient sur leur route.

Sacagawea donna naissance à son premier enfant, un fils nommé Jean-Baptiste Charbonneau au début de l’expédition.

Quatre mois plus tard, quand l'expédition eut atteint les limites navigables du Missouri, Lewis tenta d'entrer en contact avec une bande de Shoshone, desquels il pensait obtenir des chevaux pour leur randonnée à travers les montagnes. Quand Sacagawea arriva pour servir d'interprète, elle trouva la bande qui était conduite par son frère aîné, Cameahwait, qui était devenu chef à la mort de leur père. Profondément émue par cette rencontre, Sacagawea aurait pu tirer avantage de cette étonnante coïncidence pour retourner avec les siens, mais au contraire elle aida les explorateurs à obtenir les chevaux dont ils avaient besoin et continua le voyage avec eux et son mari vers le Pacifique.

Au voyage de retour, Sacagawea et Charbonneau se séparèrent de Lewis et Clark dans un village d'Indiens Hidatsa dans le haut Missouri, et à partir de là l'histoire de leurs vies devient conjecturale.

On n'est pas certain que Sacagawea ait accompagné Charbonneau à Saint Louis. Quelques témoignages indiquent qu'elle a fait le voyage, puis retourna dans le haut Missouri avec son mari où elle mourut au cours d'une épidémie de "fièvre putride" en 1812.

Personnage N° 2 Chef indien au Panama



Urraca mort en 1531

Urracá était un chef ou cacique amérindien Ngäbe dans la région de l'actuel Panama qui luttait efficacement contre les conquistadors espagnols.

Peu de temps après la fondation de la ville de Panama en 1519, le gouverneur-capitaine espagnol Pedrarias Dávila a commencé à emménager dans le pays, espérant trouver un village riche en or. Les Espagnols ont conquis la province de Veragua, particulièrement riche en mines d'or. Urracá et ses forces ont courageusement affronté l'expédition espagnole pendant près de neuf ans et ont vaincu à plusieurs reprises les conquistadors, dirigés

par Gaspar de Espinosa. Quand Espinosa a été rappelé à Panama City par Pedrarias Dávila, Francisco de Compañón a été nommé à son poste. Urracá a attaqué les guerriers espagnols,

mais Compañón a envoyé un messager se présenter à Panama pour demander de l'aide, et Pedrarias a envoyé un bataillon de

secours dirigé par Hernán Ponce de León.

Urracá a réussi à faire des alliances avec des tribus qui avaient été des ennemis traditionnels, afin de s'unir pour vaincre les Espagnols sous son commandement. Des affrontements sanglants se sont poursuivis, sans qu'aucune des parties n'obtienne la victoire complète. Lors d'une bataille ultérieure, les forces d'Urracá ont réussi à vaincre le capitaine Diego de Albitres, qui s'est échappé et a fait rapport au gouverneur.

Mené par Compañón, les Espagnols ont tenté de capturer Urracá par ruse. Ils ont envoyé des émissaires sur son territoire pour proposer des négociations de paix à Nata de los Caballeros. Urracá a accepté l'invitation et s'est rendu sur le site avec deux de ses hommes, mais Compañón l'a capturé, envoyant le chef à Nombre de Dios pour le transport en Espagne. Urracá s'est échappé et a réuni son peuple, maintenant sa résistance contre les forces espagnoles pendant plusieurs années.

Personnage N° 3


A donné son nom à l’unité monétaire du Nicaragua


Francisco Hernandez de Cordoba (1475 - 1526) Conquérant espagnol

Sur les ordres de Pedrarias Dávila, Francisco Hernández de Córdoba a effectué en 1523 une expédition de conquête vers les terres d'Amérique centrale, dans ce qui allait être plus tard le Nicaragua. La pénétration dans le territoire, a été douloureuse et les Espagnols ont dû surmonter la résistance des peuples autochtones.

La première fondation réalisée par Hernández de Córdoba a été la ville de B

ruxelles, dans le golfe de Nicoya. Par la suite, il a établi Grenade et León et leur a fourni des fortifications pour la défense militaire, en cas d'attaques des Indiens, et des bâtiments civils et religieux.

La colonisation de Hernández de Córdoba s'est poursuivie vers le territoire hondurien, où l'expédition a trouvé Gil González. Les deux conquérants se sont unis dans l'objectif de trouver un chemin vers le Pacifique, découvert peu de temps auparavant.

Enhardi par ses actions de conquête, Hernández de Córdoba a tenté de se dissocier de l'autorité de Pedrarias Dávila et de devenir gouverneur des terres qu'il avait découvertes. Mais après avoir perdu le soutien de ses hommes, il a été contraint de se rendre. Pedrarias Dávila le fait décapiter dans la ville de León en 1526.

La monnaie du Nicaragua se nomme le córdoba en son honneur.

Personnage N° 4

Conquistador lui aussi, et son nom est aussi l’unité monétaire du Panama


Vasco Nuñez de Balboa 1475-1517


Conquistador espagnol (Jerez, Estrémadure, 1475-Acla, Panamá, 1517).

Né vers 1475 à Badajoz dans le sud-ouest de l’Espagne, il s’embarque avec Rodrigo de Bastidas – qui avait participé quelques années plus tôt au voyage de Christophe Colomb – et découvre ainsi l’isthme de Panama, qui relie Amérique du Nord et du Sud, vers 1500.


On retrouve sa trace sur l’île de Saint-Domingue, qui s’appelle alors Hispaniola. Là, on sait qu’il exploitera une terre avec les premiers gains amassés lors des explorations, mais qu’en 1510, il est obligé de quitter l’île, caché dans une voile de navire, pour fuir ses créanciers. Il

débarque de nouveau sur le continent américain, via les côtes de la Colombie actuelle. De fil en aiguille, il parvient à fonder une colonie, la première permanente de la Tierra Firme, puis est nommé gouverneur de la région. Ce conquistador parcourt l’isthme de Panama. Il

rencontre des tribus, les soumet par la force. Avide d’or, il apprend alors par le fils d’un chef indien l’existence d’un endroit un peu vague dont les habitants échangeaient avec lui des perles et de l’or contre des tissus et des prisonniers, Pour voir cet endroit de ses propres yeux, il lui faut atteindre une autre mer. Vasco Nuñez de Balboa, décrit comme courageux et proche de ses hommes, organise donc une expédition. Le 1er septembre 1513, il se met en route avec 800 hommes, dont 190 soldats, à bord d’un brigantin et neuf plus petites embarcations. Si la distance parcourue entre Atlantique et Pacifique est de moins de 250 kilomètres, il doit affronter une végétation dense, les insectes et le climat d’Amérique Centrale. Cette traversée s’est faite surtout à pied (douze

jours de marche) et par le fleuve Chagres . Ce fameux 25 septembre, il aperçoit donc cette mer, dans laquelle il trempera les pieds quelques jours plus tard et prendra possession au nom du roi d’Espagne.

Le conquistador explorera ensuite la région quelques semaines avant de repartir à l’est pour préparer une nouvelle expédition, avec des bateaux capables de naviguer sur le Pacifique. Quatre ans plus tard, nommé gouverneur des régions découvertes en 1515, il conduit une expédition vers le sud : après avoir transporté les navires en pièces détachées depuis les rivages de l’Atlantique, le voici de retour sur ceux de la Mer du Sud qu’il peut enfin parcourir à sa guise. Enfin très peu de temps : il tombe dans un guet apens dressé par ses ennemis et rivaux (son beau-père !!!) . Accusé de trahison, il est décapité.

Personnage N° 5

Le plus célèbre américain du sud, donne son nom à un pays, un état du Vénézuela, une ville et une monnaie. Son portrait figure sur les monnaies de plusieurs états …



Simon Bolivar 1783 - 1830

Simon Bolívar est né le 24 juillet 1783 à Caracas, dans une riche famille créole. A 16 ans, il part en Europe faire ses études et s'imprègne de l'esprit des Lumières à travers la France, l'Espagne et l'Italie. En 1805, à Rome, il fait le serment de libérer l'Amérique latine de

la domination espagnole. De retour en 1807, le jeune Bolívar participe à l'affranchissement du Venezuela de la tutelle de Madrid. En 1810, il est envoyé à Londres pour obtenir le soutien des Anglais. L'indépendance est proclamée le 5 juillet 1811 mais laisse place à la guerre civile. Bolívar devient le chef de file des révolutionnaires. Surnommé El Libertador, il lutte avec acharnement contre le régime colonial mais la pression militaire espagnole le contraint à s'exiler en Jamaïque puis en Haïti. De retour au Venezuela, Bolívar libère la Nouvelle-Grenade (actuelle Colombie) en 1819 et proclame l'avènement de la république de Grande Colombie, qui réunit le Venezuela et la Nouvelle-Grenade. Secondé par Antonio de Sucre, il obtient l'indépendance de l'Équateur et du Pérou et instaure une république au sud du Pérou : la Bolivie. Son rêve d'un grand mouvement panaméricain réalisant l'unité de

l'Amérique latine échoue cependant. En 1829, l'éclatement de la Grande Colombie le contraint à démissionner et à se retirer de la vie politique.

Il décède quelques mois plus tard sur l'île de Santa Marta, en Colombie, le 17 décembre 1830.

En tant que figure majeure de l'histoire universelle, Bolívar est aujourd'hui une icône politique et militaire dans de nombreux pays de l'Amérique Latine et du monde, qui ont donné son nom à un très grand nombre de places, de rues ou de parcs. Son nom est aussi celui d’un État du Venezuela, de la monnaie du même pays, d’un département de la Colombie et surtout d’un pays, la Bolivie.

On retrouve des statues à son effigie dans la plupart des grandes villes d'Amérique hispanophone, mais aussi à New York, Paris, Londres, Lisbonne, Bruxelles, Tokyo, Québec, Ottawa, Alger, Madrid, Téhéran, Le Caire, Barcelone, Moscou, Prague, Bucarest et Sofia

Personnage N° 6


Héroïne de la guerre d’indépendance au Mexique


Josefa Ortiz de Dominguez 1768-1829

Fille de Juan José Ortiz mort au combat dans sa petite enfance, elle épouse Miguel Domínguez en 1791.

En 1802, Miguel Domínguez est nommé au poste de Corregidor (magistrat représentant du Roi dans une ville) de la cité de Querétaro. À cette époque Doña Josefa s'occupe de tâches ménagères et de l'éducation des deux fils du précédent mariage de son époux, cependant, ils auront ensemble encore 12 enfants.

Doña Josefa est, de par sa naissance, consciente des vexations infligées à la communauté créole par les colons espagnols. Les Créoles sont souvent considérés comme des citoyens de seconde classe – du fait de leur naissance en Nouvelle-Espagne au lieu d'être nés en Espagne métropolitaine – et étaient relégués aux seconds rôles de l'administration de la colonie. Ceci crée un ressentiment chez les Créoles, qui organisent bientôt des sociétés « littéraires » ou les œuvres du siècle des Lumières, interdites par l'église catholique, sont étudiées et discutées. Doña Josefa participe elle-même à ces réunions et convainc son mari d'en accueillir chez eux. Ces réunions, fréquentées par des hommes tels que Miguel Hidalgo et Ignacio Allende, prennent bientôt une tournure politique.

Le renversement de Ferdinand VII lors de la campagne d'Espagne de Napoléon attise le désir d'indépendance des colonies. Les réunions dans la maison de Doña Josefa deviennent le cœur de la conspiration, elle offre même un soutien financier aux conjurés.

Après s'être organisés les rebelles commencent à cacher de armes dans des maisons sures. Le début de la révolution est prévu le 1er octobre 1810. Cependant le 13 septembre les conspirateurs sont trahis par un espion qui informait la vice-royauté de leurs activités. Le Corregidor Domínguez reçoit mandat de perquisitionner les maisons de la ville afin d'y arrêter les chefs des rebelles.

Doña Josefa est enfermée dans sa chambre afin qu'elle ne puisse prévenir les autres conjurés et peut-être aussi afin de lui permettre de détruire les traces de sa propre implication. Cependant, à ce moment, les rebelles forment un large réseau et Doña Josefa parvient à les alerter. L'information permet aux conspirateurs de s'échapper et cet évènement marque le début le la guerre d'indépendance du Mexique. (déclaration d’indépendance le 13/09/1813)

Son rôle et celui que son mari jouèrent est découvert. Ils sont emprisonnés. Doña Josefa est envoyée à Mexico pour y être jugée. Elle est déclarée coupable, malgré les efforts de son mari et de son avocat et incarcérée au monastère de Santa Teresa. Elle est relâchée en 1817 sous le serment de ne plus apporter son soutien aux insurgés.

Après l'indépendance, l'empereur du Mexique Agustín de Iturbide, en 1822, offre à Doña Josefa le rôle de dame de compagnie de son épouse, Ana Duarte de Iturbide. Mais, La Corregidora estime que l'avènement de l'Empire Mexicain, au lieu d'une république, est contraire aux idéaux pour lesquels elle s'est battue et refuse cet honneur. Durant les dernières années de sa vie, elle s'implique dans divers mouvements libéraux dont certains sont de nature assez radicale. Elle refusera toujours toute récompense pour son rôle dans le mouvement d'indépendance, arguant qu'elle n'avait fait que son devoir de patriote.

Doña Josefa meurt le 2 mars 1829 à Mexico. Le gouvernement la déclare Benemérita del Estado.

Personnage N° 7


Héros du Pérou au XVIII° siècle Porte le nom d’un ancien chef Inca

Tupac Amaru 1738-1781

José Gabriel Condorcanqui Noguera, marquis d’Oropesa, appelé également José Gabriel Túpac Amaru, connu ensuite sous le nom de Túpac Amaru II, était un cacique indien qui prit en 1780 la tête d'un mouvement de rébellion indien contre les colons espagnols au Pérou.

Se prétendant un descendant direct de Túpac Amaru I, le dernier Sapa Inca, exécuté par les Espagnols au XVIesiècle, il suscita un mouvement de sédition, qui sera la plus importante des révoltes anticoloniales survenues dans l’Amérique espagnole au cours du XVIIIesiècle. Cette révolte, surnommée « Grande Rébellion », eut lieu dans la vice-royauté du Pérou et dans la vice-royauté du Río de la Plata (subdivisions de l’Empire espagnol) et fut déclenchée le 4 novembre 1780 par la capture et subséquente exécution du corrégidor Antonio de Arriaga.

Administrateur indigène de plusieurs villes, Tupac Amaru s’était bâti une fortune en exploitant ses domaines et en s’adonnant au commerce. Ayant des ascendances tant espagnoles qu’indiennes, il était une personnalité métisse. Si, après avoir été élevé jusqu’à ses 12 ans par un prêtre créole (criollo), et avoir ensuite fréquenté le collège San Francisco de Borja à Cuzco, il embrassa largement, durant une grande partie de sa vie, la culture européenne criollo, parvenant à maîtriser le latin et portant des vêtements espagnols raffinés, il s’attachera plus tard à s’habiller comme un noble inca et à faire activement usage de la langue indienne quechua dans sa vie quotidienne et dans ses futures proclamations, et sera frappé d’excommunication par l’Église catholique.

Il fut le premier à réclamer la liberté pour toute l’Amérique ce qui impliquait à ses yeux non seulement l’émancipation politique, mais aussi l’élimination des divers modes d’exploitation des Indiens dans les corregimientos — la mita minière, le répartissement des marchandises, les corvées de travail — et la suppression de diverses taxations excessives et les droits de douane intérieurs. En outre, pour la première fois en Amérique, il décréta l’abolition de l’esclavage des Noirs (16 novembre 1780). Son mouvement révolutionnaire conduisit les autorités coloniales à mettre à l’écart la classe des aristocrates indigènes, au demeurant fort peu nombreuse, et à renforcer la répression contre la société andine, de crainte que quelque chose de semblable ne pût jamais se reproduire.

Le mouvement échoua et Túpac Amaru II sera publiquement écartelé et décapité en 1781 à Cuzco. Cependant, il devint par la suite une figure mythique de la lutte péruvienne pour l'indépendance et pour la reconnaissance des droits des indigènes, et sera reconnu comme le fondateur de l’identité nationale péruvienne. Sa figure et son action ont inspiré et continuent d’inspirer un grand nombre de mouvements amérindiens passés et actuels, et ont joué un rôle symbolique central dans le régime de Juan Velasco Alvarado entre 1968 et 1975. Depuis lors, José Gabriel Condorcanqui est solidement ancré dans l’imaginaire populaire que Péruviens et Boliviens ont su entre-temps se réapproprier.

Personnage N° 8


Nicaragua,

Héros national vers 1930, a donné son nom au guérilleros entre 1960 et 1980


Augusto Sandino 1895-1934


Sandino a consacré sa vie au combat pour la souveraineté du Nicaragua, alors bafoué par des dictatures et par l’occupation des États-Unis. Augusto Cesar Sandino est né à Niquinohomo, en 1895. Son éveil politique remonte à la première grande invasion états-unienne, en 1912, alors que le pays se révolte contre le régime d’Adolfo Diaz, un fieffé acolyte de Washington.

Augusto Sandino quitte alors le Nicaragua. Au Mexique où il travaille pour des compagnies pétrolières, il se rapproche des milieux révolutionnaires, socialistes, syndicaux et maçonniques. Les luttes de la classe ouvrière contre l’exploitation états-unienne font rage. Sandino ne s’organise pas au sein des mouvements politiques existants, mais y puise des idées qui forgeront sa propre pensée, empreinte de souverainisme, d’humanisme et d’un certain mysticisme. Il retourne précipitamment au Nicaragua en 1926, où une guerre civile a éclaté à la suite du coup d’État du général Emiliano Chamorro, soutenu par la Maison-Blanche. Les marines ont officiellement quitté le territoire depuis un an, mais des instructeurs veillent à la formation de la répressive garde nationale. Sandino intègre le soulèvement conduit par le général libéral Moncada et s’illustre déjà à la tête d’une troupe. Retourné par Washington, Moncada renonce à la lutte en 1927. Sandino, lui, refuse de se soumettre. Il se bat dans un pays de nouveau assiégé par des milliers de marines et les éléments de la garde nationale. Son appel à défendre la souveraineté nationale du Nicaragua est entendu par-delà les frontières. Des frères latinos se joignent à son combat anti-impérialiste. De revers en victoires militaires quasi légendaires, sa « folle petite armée », réussit le tour de force de faire mordre la poussière aux troupes yankees, les contraignant ainsi à se retirer du Nicaragua le 1er janvier 1933. Le mythe Sandino est né ; le sandinisme a triomphé. En février, il signe à Managua un traité de paix avec le président Sacasa. Durant un an, l’homme au sombrero dénonce les assassinats de guérilleros perpétrés par la garde nationale, dirigée par le funeste Anastasio Somoza, qui instaurera par la suite une dictature sanguinaire.

Le 21 février 1934, Sandino ainsi que deux autres généraux sont arrêtés sur ordre de l’administration américaine. Somoza ordonne leur exécution. En faisant disparaître son corps, le futur bourreau de Managua croyait se débarrasser du père de la révolution populaire. Grave erreur. En 1961, la guérilla de gauche se baptise Front sandiniste de libération nationale, et fait siens les principes libérateurs de son mentor, ainsi que son drapeau rouge et noir. Le slogan « Patrie et Liberté » est de nouveau sur les lèvres. En 1979, la guérilla entrera triomphante dans Managua, mettant ainsi un terme à la féroce dynastie des Somoza.

Personnage N° 9


Son nom a été donné : à la capitale de la Bolivie, à la monnaie de l’Equateur, à une ville et un département en Colombie, à un état au Venezuela.


Antonio Jose de Sucre 1795-1828

Antonio José de Sucre y Alcala « Grand maréchal d'Ayacucho », né le 3 février 1795 à Cumaná au Venezuela et mort le 4 juin 1830 à Berruecos en Colombie, est un dirigeant indépendantiste et homme d'État sud-américain, proche de Simón Bolívar.

En 1811, Sucre rejoint les bataillons qui luttent pour l'indépendance des colonies espagnoles. Démontrant rapidement des capacités de direction, il est promu colonel en 1817. En 1819, à l'âge de 24 ans, il devient le plus jeune chef de l'armée en étant nommé général de brigade. À la suite de la bataille de Boyacá, il entre dans la garde rapprochée de Simón Bolívar. En 1821, Bolívar le charge d'aller libérer Quito. Sucre remporte une victoire décisive lors de la bataille de Pichincha, le 24 mai 1822. Peu après cette victoire, Bolívar et Sucre entrent dans Quito libérée et Sucre est nommé président de la province de Quito, alors même qu'il ne souhaitait pas ce poste. En 1823, il est brièvement président de la république du Pérou.

Lieutenant du libérateur Simón Bolívar, Sucre remporte au Pérou d'autres victoires contre les forces espagnoles, notamment le 6 août 1824 lors de la bataille de Junín. Le 9 décembre, il capture la majorité des troupes royales et leurs officiers, dont le vice roi, lors de la bataille d'Ayacucho. Ce succès assure l'indépendance des colonies espagnoles d'Amérique du Sud. En 1925, la république nouvellement créée de Bolivie, ainsi nommée en l'honneur de Bolívar, décide de donner à sa capitale le nom de Sucre. En décembre 1825, il est élu président à vie du pays, succédant à Bolívar. Il démissionne en 1828 pour se présenter à l'élection présidentielle de Colombie. Il est élu mais meurt assassiné à Berruecos, en Colombie, peu de temps après.


Son nom a été donné :

∙ à la capitale officielle de la Bolivie, Sucre,

∙ à l'ancienne monnaie équatorienne, le sucre, remplacé ensuite par le dollar,

∙ à l'aéroport international de Mariscal Sucre de Quito, en Équateur,

∙ à la ville de Sucre, en Colombie,

∙ au département de Sucre, en Colombie,

∙ à l'État de Sucre, au Venezuela.

Une tombe vide en son honneur se trouve au Panthéon national du Venezuela.



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